Québec profil sectoriel : Fabrication
sectoral_profile_quebec_manufacturingFabrication (SCIAN 31-33): Québec, 2025
Faits saillants
Malgré son importance historique, la fabrication ne représente plus maintenant que 11,2 % de l'emploi total du Québec, soit un demi-million d'emplois.
Près de la moitié des emplois de l'industrie sont situés dans la région métropolitaine de recensement de Montréal.
Pour la période 2025-2027, l'emploi fera face aux turbulences affectant les échanges commerciaux avec les États-Unis, et enregistrera donc une croissance annuelle inférieure à celle de l'ensemble des industries, voire même négative.
À propos du secteur
Composition et importance du secteur
La fabrication regroupe les établissements qui transforment des matières ou substances en nouveaux produits grâce à des procédés chimiques, mécaniques ou physiques. Ces produits peuvent être finis, prêts à être utilisés ou consommés, ou semi-finis, destinés à être utilisés comme matières premières ou intrants par d'autres établissements. Les activités de fabrication incluent aussi l'assemblage de composants, le mélange de matières, et la finition des produits par des techniques comme la teinture, le traitement thermique, le placage, etc.
En 2024, 85 % des entreprises du secteur ont 50 employés ou moins au Québec. Les sous-secteurs de la fabrication de produits en plastique et en caoutchouc et de la première transformation des métaux affichent une proportion relativement faible dans cette catégorie, tandis que la fabrication de produits du pétrole et du charbon, la fabrication de meubles et de produits connexes, les usines de textile et fabrication de vêtements, ainsi que les activités diverses de fabrication se démarquent par des proportions élevées dans cette taille d'entreprises.
Il y a 501 100 personnes en emploi dans la fabrication, ce qui représente 11,2 % de l'emploi du Québec en moyenne pour la période 2022-2024. Cette part est supérieure à celles du Canada (9,0 %) et de l'Ontario (10,3 %). L'industrie a recours à plusieurs travailleurs étrangers temporaires (TET), dont la majorité travaillait dans l'industrie des aliments, des boissons et des produits du tabac. En 2024, ce sous-secteur en comptait 11 300, en baisse de 6 200 par rapport à 2023 qui a été une année record sur ce plan, mais plus près des niveaux historiques.
Le secteur de la fabrication est particulièrement diversifié au Québec. L'industrie des aliments, des boissons et des produits du tabac est le plus grand employeur du secteur avec 17,1 % des emplois, suivie de la fabrication de matériel de transport avec 11,2 %. Les autres grands segments en termes d'emplois sont la fabrication de produits métalliques (8,0 %), la fabrication de produits en bois (7,5 %) et la fabrication de machines (7,1 %).
Le Québec présente une plus forte proportion de son secteur manufacturier par rapport au Canada dans les sous-secteurs de la fabrication de produits en bois, de la première transformation des métaux et des usines de textile et fabrication de vêtements. Il se distingue aussi par une présence plus faible de fabrication de matériel de transport. Dans ce cas, c'est l'Ontario qui domine grâce à l'importance de l'industrie automobile dans son économie.
L'industrie de la fabrication représente environ 12,3 % du produit intérieur brut (PIB) de la province en 2024. En 2023, 35,6 % des ventes de l'industrie de la fabrication étaient destinées aux exportations internationales, la fabrication comptant pour 85,9 % des exportations québécoises. De ces exportations de l'industrie, 79,1 % se destinent aux États-Unis. De plus, bien que le surplus commercial avec les États-Unis soit relativement faible dans son ensemble, pour la fabrication, le Québec exporte deux fois plus aux États-Unis que les États-Unis n'exportent au Québec.
| Aliments, boissons et tabac | Produits du bois | Produits chimiques | Produits métalliques | Machines | Matériel de transport | Autres sous-secteurs | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 17.1 % | 7.5 % | 6.6 % | 8.0 % | 7.1 % | 11.2 % | 42.6 % |
Répartition géographique de l'emploi
Près de la moitié (48,4 %) des emplois de la fabrication se situent dans la région métropolitaine de recensement (RMR) Montréal, un poids plus faible que celui de l'ensemble des industries (52,2 %). En revanche, cette industrie ne représente que 10,3 % de l'emploi total de la RMR contre 11,2 % pour l'ensemble du Québec.
La Montérégie regroupe une part significative de l'emploi de la fabrication avec 22,5 %, et ces emplois représentent 13,2 % de l'emploi de cette région. La part de l'emploi régional qui se situe dans la fabrication est toutefois la plus élevée dans le Centre-du-Québec (21,6 %), en Estrie (17,4 %) et en Chaudière-Appalaches (16,9 %).
Certaines régions sont plus spécialisées. Ainsi, Montréal voit une concentration plus élevée d'emplois pour les usines de textile et fabrication de vêtements, de produits chimiques et de matériel, d'appareils et de composants électriques. D'autres régions servent des extracteurs de proximité, mines ou foresterie, comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord et le Nord-du-Québec qui ont une plus forte concentration en première transformation des métaux ou l'Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord et le Nord-du-Québec avec la fabrication de produits en bois.
Tableau 1 Emploi par région
| Région | Emploi moyen 2022-2024 |
Part de l'emploi total |
|---|---|---|
| Canada | 1 830 100 | 9,0 % |
| Québec | 501 100 | 11,2 % |
| Ontario | 818 800 | 10,3 % |
Main-d'uvre
Caractéristiques de la main-d'uvre
La fabrication compte une proportion plus élevée d'hommes, soit 70,6 %, comparativement à la moyenne de 52,5 % pour l'ensemble des industries. Les sous-secteurs des usines de textile et fabrication de vêtements, de la fabrication de produits chimiques, et des activités diverses de fabrication présentent des proportions plus faibles d'hommes, tandis que la fabrication de produits du pétrole et du charbon et la première transformation des métaux se distinguent par des poids élevés de ceux-ci.
La fabrication se caractérise également par une forte proportion d'employés à temps plein, atteignant 94,5 %, comparativement à la moyenne de 81,7 % pour l'ensemble des industries. Ce chiffre est particulièrement élevé dans le sous-secteur de la fabrication de produits informatiques et électroniques.
Le secteur de la fabrication compte aussi une part notablement faible de travailleurs autonomes, soit 2,5 %, comparativement à la moyenne de 11,1 % pour l'ensemble des industries. Les sous-secteurs des usines de textile et fabrication de vêtements, ainsi que la fabrication de meubles et de produits connexes, présentent par contre des proportions plus élevées que la moyenne dans cette catégorie.
En ce qui concerne l'âge des employés, ceux âgés de 15 à 24 ans, n'ont qu'un poids de 7,3 % dans la fabrication, contre 13,3 % pour l'ensemble des industries. Le sous-secteur de la fabrication de produits informatiques et électroniques se distingue par une part très faible de jeunes, tandis que la fabrication de produits en bois et la fabrication d'aliments, de boissons et de produits du tabac affichent des proportions plus élevées.
De plus, les employés âgés de 55 ans et plus représentent 25,0 % de la main-d'uvre de la fabrication, ce qui est supérieur à la moyenne de 21,7 % pour l'ensemble des industries. Les sous-secteurs de la première transformation des métaux, de la fabrication de produits métalliques affichent des proportions relativement faibles, tandis que les parts des travailleurs de ce groupe d'âge sont plus élevées pour les usines de textile et fabrication de vêtements, l'impression et activités connexes de soutien et la fabrication de meubles et de produits connexes. La structure plus âgée du secteur résulte du long déclin de plusieurs de ses segments qui n'embauchent pratiquement plus depuis des années.
Enfin, sur le plan du niveau d'éducation, 23,5 % des employés de la fabrication possèdent un grade universitaire, une part plus faible que la moyenne de 31,9 % pour l'ensemble des industries. Les diplômés universitaires sont moins nombreux proportionnellement dans les sous-secteurs de la fabrication de produits en bois et de la fabrication de meubles et de produits connexes, tandis que la fabrication de machine, la fabrication de produits chimiques, la fabrication de produits informatiques et électroniques et la fabrication de matériel, d'appareils et de composants électriques se démarquent par des proportions élevées sur ce plan.
Principales professions
La main-d'uvre dans la fabrication se compose de plusieurs professions variées, les cinq premières ne représentant ensemble que 16 % des emplois. On retrouve aussi dans l'industrie un nombre important de manutentionnaires, qui sont d'ailleurs présents dans tous les sous-secteurs.
Tableau 2 Principales professions du secteur
| Profession | Emploi 2021 | Part du secteur |
|---|---|---|
| 90010 Directeurs/directrices de la fabrication | 16 530 | 3,9 % |
| 75101 Manutentionnaires | 15 940 | 3,7 % |
| 95106 Manoeuvres dans la transformation des aliments et des boissons | 13 715 | 3,2 % |
| 72106 Soudeurs/soudeuses et opérateurs/opératrices de machines à souder et à braser | 11 600 | 2,7 % |
| 72100 Machinistes et vérificateurs/vérificatrices d'usinage et d'outillage | 10 130 | 2,4 % |
Évolution récente
Comme beaucoup d'économies industrialisées, l'économie du Québec a vu la part de la fabrication diminuer alors qu'elle évolue vers une économie de services. La proportion d'emplois dans le secteur manufacturier au Québec est tombée sous les 20 % en 1982 et sous les 15 % en 2007, se maintenant autour de 11,2 % entre 2022 et 2024. En 2020, le secteur manufacturier a subi de plein fouet les contrecoups de la pandémie, les sous-secteurs jugés non essentiels ayant cessé leurs activités de façon ponctuelle au début de la crise sanitaire. De surcroît, ils ont rencontré des difficultés à recruter des travailleurs étrangers temporaires en raison des restrictions de voyage, des quarantaines obligatoires et des mesures de distanciation sociale.
Cependant, certains sous-secteurs ont tiré profit de la crise. Les usines de textile et fabrication de vêtements, par exemple, ont bénéficié d'une demande soudaine de masques en tissu, tandis que la fabrication de matériel, d'appareils et de composants électriques fournissait des instruments médicaux. De même, la fabrication de produits chimiques a permis de produire désinfectants, savons et autres articles sanitaires, et les activités diverses de fabrication, des fournitures chirurgicales et médicales.
L'année 2023 a été marquée par une légère récession au Québec durant les trois derniers trimestres, après une forte reprise postpandémique en 2021 et 2022. La production manufacturière a diminué de 0,8 % pour l'année, tandis que l'emploi a également reculé de 0,8 % l'année suivante, soit en 2024. Cette récession fait suite à une hausse rapide des taux d'intérêt par la Banque du Canada, qui a fait passer le taux directeur de 0,25 % en mars 2022 à 5,00 % en juillet 2023. Ces taux élevés sont restés en place jusqu'au printemps 2024, avant de baisser progressivement à 2,75 % pour le taux directeur au début 2025.
Malgré une croissance continue de la population, le vieillissement a été un facteur marquant sur le marché du travail, entraînant une pénurie de main-d'uvre due à un taux insuffisant de remplacement des travailleurs prenant leur retraite. Parallèlement, le Québec a enregistré des taux de chômage historiquement bas : en 2023, le taux a atteint 4,5 %, augmentant ensuite à 5,3 % en 2024.
Les divers sous-secteurs évoluent en dent de scie, passant souvent d'une bonne à une mauvaise année en termes de création d'emplois selon les aléas des conjonctures spécifiques à chacun, voire à chaque entreprise.
La fabrication d'aliments, de boissons et de produits du tabac ainsi que les usines de textile et fabrication de vêtements, qui présentent des besoins criants en main-d'uvre, ont bénéficié de l'entrée massive de travailleurs temporaires en 2023 et 2024. La peste porcine en Chine (2019-2020) a bénéficié à la filière de la fabrication alimentaire, mais le retour à la normale a posé des défis pour des entreprises comme Olymel et ses fournisseurs. En outre, cette filière continue de profiter de l'engouement pour les produits locaux et du terroir. Par ailleurs, malgré un petit regain durant la pandémie, les usines de textile et fabrication de vêtements continuent leur déclin, bien que certains créneaux spécialisés, comme les textiles innovants, aient connu une croissance. Toutefois, cette croissance ne compense pas les pertes des activités traditionnelles, comme les tapis ou les rideaux, qui sont beaucoup plus intensives en main-d'uvre.
La filière forestière demeure un pilier économique pour de nombreuses municipalités éloignées des grands centres urbains. Cette filière a été marquée par plusieurs crises, entraînant fermetures, fusions, acquisitions, et réorientations de production en réponse au déclin de certains produits, tels que le papier journal. Les deux dernières années ont été particulièrement difficiles en raison de divers facteurs, notamment les feux de forêt en 2023, les fluctuations de la demande américaine, les infestations d'insectes comme la tordeuse des bourgeons d'épinette, et les répercussions potentielles des stratégies de protection de l'habitat pour les caribous forestiers et montagnards. Dans le sous-secteur de la fabrication de produits en bois, après une crise entre 2015 et 2018, les fluctuations de l'emploi ont été moins marquées. On a observé une hausse de l'emploi pendant la pandémie en raison des prix élevés du bois, suivie d'une diminution lorsque ceux-ci ont chuté. En ce qui concerne la fabrication de papier, après une hausse liée à une demande accrue de carton pour le commerce en ligne, la tendance générale reste à la baisse, mais à un rythme plus modéré. Pour sa part, le sous-secteur de l'impression et des activités connexes a subi des fermetures pendant la pandémie. Bien que l'emploi ait ensuite repris, il demeure inférieur aux niveaux précédents.
L'emploi dans la fabrication de produits pétroliers et du charbon reste relativement faible, ce sous-secteur étant principalement une source de devises pour la province. Dans la fabrication de produits chimiques et dans la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique, l'emploi est resté stable au cours des 15 dernières années. Le dynamisme de la fabrication de produits chimiques est principalement dû au segment pharmaceutique, qui en constitue la moitié de l'emploi et inclut de grandes multinationales telles que Pfizer et Merck. De son côté, le sous-secteur de la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique est étroitement lié aux secteurs des transports, de la construction et de l'emballage, où il joue un rôle de sous-traitant.
Les sous-secteurs de la filière minérale ont connu d'importantes variations d'emploi au fil des ans. La fabrication de minéraux non métalliques comprend des entreprises manufacturières traditionnelles, comme la production de verre, de ciment, de céramique ou de briques, dont l'évolution de l'emploi est fortement liée à l'activité de construction, avec des variations marquées (−11,8 % en 2022 et +24,7 % en 2023). Le segment de la première transformation des métaux est particulièrement exposé aux fluctuations de la conjoncture internationale, une part significative de ses livraisons étant destinée à l'extérieur du Canada, surtout aux États-Unis. Ce sous-secteur est impliqué dans la production et la transformation de l'alumine et de l'aluminium, ainsi que dans la transformation de métaux non ferreux (cuivre, silice, zinc, etc.) et la fabrication de produits en acier. La fabrication de produits métalliques sert principalement les secteurs des mines, de l'énergie, de la construction, ainsi que le matériel de transport et les machines.
Le sous-secteur de la fabrication de machines présente une tendance à la hausse à long terme, bien que son évolution soit marquée par des fluctuations. Ce dernier sous-secteur est largement orienté vers les exportations, avec le tiers de ses ventes dirigé vers les États-Unis, ce qui le rend vulnérable à la conjoncture économique mondiale. Les machines ayant une forte composante en acier, les tarifs américains sur l'acier pourraient affecter le sous-secteur.
Les sous-secteurs de la fabrication de produits informatiques et électroniques et de fabrication de matériel, d'appareils et de composants électriques ont réalisé, lors de la pandémie, l'importance des chaînes d'approvisionnement internationales, notamment pour les semi-conducteurs et puces électroniques. Bien que les perturbations aient affecté la croissance, elles se sont résorbées depuis. La fabrication de produits informatiques a bénéficié d'une demande continue de produits électroniques destinés aux consommateurs, tandis que la fabrication de matériel, d'appareils et de composants électriques subit de fortes variations.
La fabrication de matériel de transport dépend fortement de la production de produits aérospatiaux et de leurs pièces, qui constituent environ la moitié des emplois du sous-secteur. Ce sous-secteur est intimement lié à de grands acteurs mondiaux tels que Bombardier, CAE, Airbus, et Boeing, dont les aléas influencent considérablement l'emploi général du sous-secteur, avec de fortes variations observées, notamment une réduction de 14,0 % en 2022 et des hausses d'emplois de 13,7 % en 2023 et 9,3 % en 2024.
Dans la fabrication de meubles et de produits connexes, la pandémie a perturbé les chaînes d'approvisionnement, entraînant des délais de livraison et un arrêt de la production. Cela a causé une perte de 20 % des emplois en 2020, avec un retour à la normale en 2022. L'emploi demeure relativement stable depuis.
Pour terminer, le sous-secteur des activités diverses de fabrication a connu une croissance significative, affichant une hausse de 10 % par an depuis la pandémie, produisant des fournitures et du matériel médicaux, ainsi que des bijoux, des articles de sport, des jouets, des fournitures de bureau et des enseignes.
| 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB réel | 100 | 99 | 103 | 106 | 107 | 98 | 105 | 109 | 108 | 105 |
| Ventes | 100 | 100 | 108 | 114 | 119 | 107 | 129 | 152 | 150 | 153 |
| Emploi | 100 | 101 | 102 | 104 | 104 | 99 | 101 | 103 | 105 | 104 |
Perspectives d'emploi
L'emploi dans le secteur de la fabrication devrait connaitre une légère décroissance durant la période de prévision 2025-2027, tandis que l'ensemble des industries devrait croitre légèrement. Les incertitudes liées aux différends commerciaux avec les États-Unis pèsent lourdement sur ces perspectives.
Dès les premiers jours de la nouvelle administration américaine, des tarifs douaniers ont été annoncés, ciblant particulièrement le Canada et le Mexique. Bien qu'il y ait eu un certain recul concernant ces mesures (seuls les rares biens qui ne sont pas couverts par l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sont encore visés par les tarifs généraux), plusieurs produits demeurent soumis à des droits de douane, notamment des tarifs de 25 % sur les parties non américaines des automobiles et des pièces, ainsi que de 50 % sur l'acier, l'aluminium et le cuivre et 35 % sur le bois d'uvre. D'autres produits tels que les produits pharmaceutiques et les semi-conducteurs pourraient également faire l'objet de tarifs douaniers, ce qui affecterait l'emploi au Québec.
Par ailleurs, l'ACEUM devra faire l'objet de renégociation au cours de la période de prévision ce qui rajoute de l'incertitude particulièrement pour le secteur de la fabrication grandement exportateur et ce même pour les entreprise dont les produits sont actuellement couverts par cet accord.
Le secteur de la fabrication au Québec est particulièrement diversifié. Ses quelques 501 100 emplois en 2022-2024 sont répartis dans plusieurs sous-secteurs parmi lesquels celui des aliments et boissons et celui du matériel de transport sont les plus importants. L'industrie manufacturière fait déjà face à des défis depuis des décennies, incluant la délocalisation de la production vers des économies en développement, ce qui a poussé certains sous-secteurs à se spécialiser dans des activités à forte valeur ajoutée ou à se concentrer sur des marchés de niche. De plus, le vieillissement de sa propre main-d'uvre est de plus en plus ressenti en raison de la faible croissance des embauches durant le long déclin de l'emploi. À l'inverse, la pandémie a révélé l'importance de maintenir certaines capacités de production locales. Les investissements dans des pratiques de production durables et les couts énergétiques relativement bas constituent des atouts pour l'industrie québécoise. Par contre, l'enjeu lié à la disponibilité de la main d'uvre demeure présent. Les difficultés de recrutement seront en effet exacerbées par le resserrement des conditions du Programme des travailleurs étrangers temporaires en 2024.
La demande intérieure pour les produits manufacturés devrait croitre au cours de la période de prévision en partie par la substitution de produits américains vers des produits locaux en réaction à la situation politique actuelle. Le revenu disponible des consommateurs pourrait être affecté à la baisse par le ralentissement économique attendu en début de période et le taux de chômage à la hausse qui en découlerait mais par contre les ménages devraient profiter de taux d'intérêt qui sont revenus à des niveaux historiquement faibles.
Particularités des sous-secteurs
Malgré ces défis, certains sous-secteurs se profilent pour connaitre une certaine croissance. Par exemple, ceux des produits informatiques et électroniques, ainsi que ceux du matériel et des appareils électriques, devraient continuer à bénéficier des gains réalisés ces dernières années, tout comme le sous-secteur des minéraux non métalliques qui bénéficie d'une conjoncture internationale favorisant son développement. En revanche, l'industrie du papier et de l'impression devrait rencontrer des difficultés persistantes dues à une demande diminuée et aux effets des tensions commerciales.
Dans la fabrication d'aliments et de boissons, la croissance de l'emploi diminuera légèrement malgré des gains en début de période. Bien que les entreprises y uvrant profitent d'un engouement des consommateurs pour les produits locaux et d'une volonté pour une certaine indépendance alimentaire, certains défis vont peser particulièrement comme le resserrement des conditions du Programme des travailleurs étrangers temporaires, les incertitudes entourant certaines entreprises comme la fermeture de plusieurs installations d'Olymel et les difficultés persistantes des microbrasseries et distilleries. Les produits alimentaires sous gestion de l'offre (soit les produits laitiers, le poulet, le dindon et les ufs) en font le segment économique le plus protégé au Canada. Le sous-secteur est en effet sous la mire de la nouvelle administration américaine où la gestion de l'offre est souvent dénoncée. Dans un même temps, seuls 8,6 % (en 2023) des ventes du sous-secteur étaient exportées aux États-Unis.
En ce qui concerne les usines de textile et fabrication de vêtements, la dynamique de l'emploi est surtout influencée par sa capacité d'innovation dans de nouveaux matériaux textiles techniques et la compétitivité internationale des entreprises québécoises. Les fabricants qui sont restés au Québec se sont orientés vers des niches de marché (haut de gamme, fabrication sur mesure ou en petits lots, commandes spéciales et la production juste à temps). D'autres n'ont conservé que les activités à haute valeur ajoutée, tels le design, la création de patrons et la planification. L'augmentation des couts et les difficultés de recrutement nuisent à la rentabilité des entreprises de ces industries qui ont de forts besoins de main-d'uvre, tandis que les investissements en automatisation se font plus rares. Les aléas du conflit commercial avec les États-Unis devraient peser sur la croissance du sous-secteur. De plus, une partie du sous-secteur se concentre dans les vêtements de luxe, qui sont sensibles aux fluctuations économiques.
L'emploi dans la fabrication de produits du bois devrait diminuer sur la période de prévision. Les hausses de tarifs américains sur le bois d'uvre, déjà anticipées avant la nouvelle administration, risquent de rester en vigueur. De plus, les effets négatifs des feux de forêt et de la stratégie pour la protection du caribou devraient peser sur l'offre. Ces effets seront partiellement mitigés par la hausse de la demande liée à l'augmentation des mises en chantier au Canada. Il faut toutefois s'attendre à des fluctuations de prix plus fréquentes et à une plus grande volatilité des marchés. Cette filière devra aussi s'adapter aux changements climatiques et respecter des normes environnementales qui pourraient devenir plus sévères.
Une décroissance est anticipée dans la fabrication du papier. Les entreprises uvrant dans les produits traditionnels devraient diminuer leur production en réponse à la diminution de la demande. Les conversions d'entreprises permettront de sauver plusieurs emplois, mais celles-ci risquent de nécessiter moins de personnel. De plus, l'augmentation des redevances sur l'eau va alourdir les couts.
Comme pour la fabrication du papier, le sous-secteur de l'impression et des activités connexes devrait également connaitre une diminution de l'emploi. Les segments traditionnels, comme l'impression de journaux et de matériel publicitaire, devraient subir des pertes importantes avec la fermeture d'entreprises telles que TC Transcontinental, qui a déjà perdu 200 emplois en raison de la fermeture de son usine d'impression à Saint-Hyacinthe en juin 2024. Bien que certains créneaux plus spécialisés présentent un potentiel de développement, ce sont surtout de petites ou très petites entreprises qui sont créées. Les pertes d'emplois devraient donc surpasser la création de nouveaux emplois.
Concernant la fabrication de produits chimiques, une faible baisse de l'emploi est anticipée sur la période de prévision. Le segment pharmaceutique et biotechnologique, moteur traditionnel de la croissance du sous-secteur, pourrait subir les conséquences des tarifs ou menaces de tarifs américains. Cependant, la fabrication de nouveaux produits chimiques, comme l'hydrogène vert, soutenu par la stratégie québécoise d'hydrogène d'ici 2030, devrait continuer à créer des emplois.
L'emploi dans la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique devrait stagner avec un dynamisme plus fort en fin de période. Le segment de la fabrication de produits en plastique devrait se tirer mieux d'affaire que celle de la fabrication de produits en caoutchouc à cause de la production de pneus, qui en constitue une part importante tant de l'emploi que des exportations du segment. Les pneus font partie des pièces automobiles qui sont visées par les tarifs américains.
La fabrication de minéraux non-métalliques devrait voir sa croissance d'emplois dépasser celle de la fabrication en général en partie grâce au dynamisme de la construction dont le sous-secteur est en grande partie tributaire. Le sous-secteur est moins dépendant des exportations que d'autres segments de la fabrication.
Quant à la première transformation des métaux, elle est fortement exposée à la conjoncture internationale, beaucoup de ses livraisons étant destinées à l'extérieur du Canada, notamment aux États-Unis. La croissance de l'emploi sera négative en début de période de prévision pour connaitre un élan vers la fin, mais beaucoup d'incertitude persiste. Les tarifs sur l'acier, l'aluminium et le cuivre vont frapper le sous-secteur de plein fouet surtout pour le segment de l'acier, qui fait aussi les frais d'une offre mondiale excédentaire.
La croissance de l'emploi dans la fabrication de produits métalliques devrait être légèrement inférieure à celle du secteur manufacturier en général. Ce sous-secteur fait face à des défis particuliers, car il répond aux besoins de secteurs qui eux-mêmes sont en difficulté, comme ceux des mines, du matériel de transport et de la fabrication de machines.
Dans la fabrication de machines, une décroissance est attendue. Le sous-secteur s'est vu favorisé par l'accélération des efforts d'automatisation et d'intégration des nouvelles technologies dans les procédés de production. L'industrie étant fortement influencée par la conjoncture économique et les exportations, le ralentissement général de la croissance de l'emploi et les aléas du commerce avec les États-Unis devrait peser sur le sous-secteur.
Dans le sous-secteur de la fabrication de produits informatiques et électroniques, l'emploi devrait stagner. La pénurie mondiale de semi-conducteurs, qui avait perturbé le marché, s'étant résorbée en 2022-2023 les différentes initiatives gouvernementales pour soutenir ce segment devraient contribuer à sa croissance. La fabrication d'appareils de mesure et d'instruments médicaux aura également un apport positif sur le maintien des emplois du sous-secteur, malgré les risques liés à l'insuffisance de main-d'uvre qualifiée et aux éventuelles menaces de tarifs douaniers américains.
La fabrication de matériel, d'appareils et de composants électriques devrait également stagner. Soutenue par les gouvernements provincial et fédéral, l'électrification des transports devait générer des retombées pour l'économie québécoise à travers la production de batteries. La filière batterie était appelée à être un acteur important dans l'économie québécoise, mais la faillite de Northvolt a tempéré les perspectives pour le sous-secteur et pour l'emploi autour du Parc industriel de Bécancour.
En ce qui concerne la fabrication de matériel de transport, ce sous-secteur représente un enjeu important pour l'administration américaine. Bien que les tarifs sur les voitures et les pièces affectent principalement l'Ontario, ce segment constitue néanmoins 27,6 % des emplois du sous-secteur au Québec. L'aéronautique, qui représente environ la moitié des emplois du sous-secteur, continue d'être le moteur de sa croissance et semble, pour l'instant, épargnée par les tarifs américains. Cette industrie devrait connaitre une croissance proche de celle du secteur manufacturier, mais plus forte en début de période de prévision. Le sous-secteur profitera d'une reprise du segment aéronautique, grâce à d'importants contrats de plusieurs milliards de dollars, ainsi qu'à des investissements accrus dans l'électrification des transports et la défense. Cela dit, des problèmes d'approvisionnement et des difficultés de recrutement dans le segment aéronautique pourraient freiner cette progression.
Enfin, dans la fabrication de meubles et de produits connexes, l'emploi devrait stagner entre 2025 et 2027. Bien que les prix du bois devraient fléchir et que le sous-secteur pourrait bénéficier d'une croissance dans le secteur de la construction, les tensions commerciales avec les États-Unis, principal marché d'exportation, risquent de peser sur les résultats. En parallèle, des investissements en baisse depuis trois ans laissent entrevoir de potentielles réductions de capacité.
Pour plus d'information
Les auteurs ont pris un soin particulier à rédiger ce document en fondant leurs recherches sur des informations sur le marché du travail qui étaient exactes et pertinentes au moment de la publication. Le marché du travail étant en évolution constante, les données fournies peuvent avoir changé depuis la publication de ce document. Nous encourageons les lecteurs à consulter d'autres sources pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l'économie et le marché du travail locaux. Les renseignements présentés dans ce document ne reflètent pas nécessairement les politiques officielles d'Emploi et Développement social Canada.
Préparé par : Direction de l'analyse du marché du travail, Service Canada, Québec. Pour de plus amples informations, veuillez communiquer avec l'équipe de l'IMT
Annexe
Tableau A1
Répartition géographique de l'emploi et perspectives d'emploi au Québec, moyenne 2022-2024
| Fabrication | |||
|---|---|---|---|
| Région | Part de l'emploi au Québec |
Part de l'emploi dans la région |
TCAM* |
| Ensemble du QUÉBEC | 100,0 % | 11,2 % | 1,1 % |
| Abitibi-Témiscamingue | 1,0 % | 6,6 % | 1,7 % |
| Bas-Saint-Laurent | 2,3 % | 11,9 % | 4,8 % |
| Capitale-Nationale | 5,5 % | 6,7 % | 2,6 % |
| Centre-du-Québec | 5,6 % | 21,6 % | 1,9 % |
| Chaudière-Appalaches | 8,0 % | 16,9 % | −2,5 % |
| Côte-Nord / Nord-du-Québec | 1,2 % | 11,6 % | 2,0 % |
| Estrie | 5,9 % | 17,4 % | 5,6 % |
| Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine | 0,6 % | 7,7 % | −8,3 % |
| Lanaudière | 6,1 % | 10,6 % | −4,9 % |
| Laurentides | 7,6 % | 10,9 % | −4,0 % |
| Mauricie | 3,4 % | 13,4 % | 4,8 % |
| Montérégie | 22,5 % | 13,2 % | 2,6 % |
| Outaouais | 1,3 % | 3,1 % | −9,6 % |
| Saguenay–Lac-Saint-Jean | 3,0 % | 11,4 % | 0,3 % |
| Montréal (région métropolitaine) | 48,4 % | 10,3 % | 2,9 % |
Tableau A2
Caractéristiques de la main-d'uvre au Québec, moyenne 2022-2024
| Fabrication | |||
|---|---|---|---|
| Caractéristique | Volume | Part dans le secteur | Part dans l'ensemble des secteurs |
| Emploi total | 501 100 | 100,0 % | 100,0 % |
| Hommes | 353 700 | 70,6 % | 52,5 % |
| Femmes | 147 300 | 29,4 % | 47,5 % |
| 15-24 ans | 36 700 | 7,3 % | 13,3 % |
| 25-54 ans | 339 000 | 67,7 % | 65,0 % |
| 55 ans et plus | 125 400 | 25,0 % | 21,7 % |
| Emploi à temps plein | 473 600 | 94,5 % | 81,7 % |
| Emploi à temps partiel | 27 500 | 5,5 % | 18,3 % |
| Employé | 488 500 | 97,5 % | 88,9 % |
| Travailleur autonome | 12 600 | 2,5 % | 11,1 % |
| Aucun diplôme | 68 100 | 13,6 % | 9,4 % |
| Diplôme d‘études secondaires | 96 900 | 19,3 % | 17,4 % |
| Certificat ou diplôme d'études postsecondaires | 218 300 | 43,6 % | 41,3 % |
| Grade universitaire | 117 600 | 23,5 % | 31,9 % |
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